Ecrire

I – Nouvelles

Ma sœur bien-aimée

Fleuvenouvelle publiée dans L’Humanité en juillet 2015

Que demander aux étoiles ? publié aux éditions L’atelier de Villemorge, Angers, 2013.

 19 février au 1er mars 2018, pensées du jour à Fès : LOIN


II – 2017 – 2018
LES PENSEES DU MATIN, CELLES QUI ARRIVENT AU REVEIL, QUAND LA NUIT PARFOIS DANS L’INSOMNIE S’EST GRIFFONNÉE UNE PHRASE…

Vivre, c’est l’émerveillement simple qui n’admet aucun délire et aucun regret.

Prendre élan sur l’appui des jours heureux, se souvenir seulement du sentiment immense de liberté.

Tout humain, explorateur, ne descend pas dans son puits sans s’assurer que quelqu’un là-haut, le laissant aller librement, prendra sa main de ressucité à son retour.

Quand meurt un écrivain, il nous reste ses livres et un chemin.
En hommage à
Mathieu Riboulet

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le chemin où Victor Segalen est mort

Quand j’écris, je suis un lieu.

Une pensée puissante amène à la douceur. C’est le mou qui est cruel.

On n’est jamais assez attentif à la multitude des minuscules informations qui arrivent dans le corps et racontent l’histoire à venir.

Il reste à transformer l’ensemble de nos chagrins en un algorithme qui sauverait le monde.

La mélancolie c’est la disparition du paysage. Dès que mon regard y est attentif, dans son ensemble comme ses détails, un fond de joie émerge.

Il y a des matins où l’impasse se transforme en chemin.

Dans la sérénité, il n’y a pas de passion, plutôt de l’intensité.

Que dit la science quand la voix du chercheur tremble ? Et plus tard, quand le chercheur commente son émotion ?

Le livre se construit précisément et pourtant, chaque matin, j’écris dans l’insu.

« puisqu’une rose desséchée ne sent rien », écrit Claude Simon dans L’Herbe. Là encore il fait erreur.

Un livre est une structure complexe. L’auteur est un ingénieur qui a besoin d’imagination et de matériaux multiples, de confiance et d’audace.

Je vous écris de la nuit la plus longue de l’année. Elle veille sur nous, et si l’obscurité m’efface, dites-vous bien que je fus heureuse.

Le cosmos semble plus en ordre que le fatras de la langue; en écrivant, on tente de fabriquer (poïeo) de toutes petites galaxies.

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Il suffit d’une phrase reçue, à la recherche de laquelle toute une vie s’est tendue, pour sauver en soi l’once de joie qui mène la vie quotidienne.

Il est possible qu’on écrive mieux à l’aveugle, quand on ne sait pas précisément où on va consciemment dans ce qu’on a à dire pour se laisser guider par cet au-delà même de l’inconscient qui s’organise dans une forme.

Les personnages qu’on écrit, leurs ambivalences, leurs hésitations, leurs lâchetés, tout cela à mettre en scène sans les démasquer tout à fait de peur que le texte ne s’effondre ; comme dans la vie, préférer tourner les yeux sur l’horizon et tout est dit.   c.b.

C’est le regard esthétique qui sauve des questionnements incessants.

Osciller entre les sensations intimes et ce que le monde envoie de terreurs et d’espoirs alourdit les jours qui voudraient se défaire des questions et des brûlures.

Ce qui rend la vie merveilleuse et inconfortable, c’est cette sensation d’être dans un entre-deux à apprivoiser, et qu’au désespoir et à la fatigue succède un renouveau qui prend ses sources au-delà de la raison.

J’écris dans une langue inconnue de moi-même; et relisant mon carnet de l’an passé, j’y vois soudain les secrets que j’ai cherchés ailleurs. M’étais-je jamais posé la question : que me disent mes phrases ?

Etre là, à la juste place, entre l’intimité, le secret de l’écriture et le bord de la guerre, celle de nos ancêtres et celle de notre aujourd’hui. Ou alors mourir de chagrin.

frontière syrienne, vue du Liban, c.b. 2014

La voix du narrateur, ce personnage en soi, tout le long du jour, tente de se faire une place dans les sons intérieurs de l’auteur, et parmi tout ce qu’on entend dans les rues et les cafés, les ondes loin.

Même dans le silence du matin, devant un bol fumant, le désordre du monde tisse des pensées qui se croisent et s’entremêlent avec les paroles des êtres proches et les oiseaux du jardin. Et cela compose un tableau unique et complexe.

C’est seulement parce qu’on peut dire « nous » que pourront s’affronter les chaos du monde.

Qu’est-ce qui me désire dans ma destinée à mon insu ?

Quelque chose en nous aspire au bleu, à ses dégradés, et sa perte dans l’horizon; un désir de peindre.

d.p. Dieppe

Quand Ulysse guerroie, quelle est sa langue ? Quand il revient auprès de Pénélope, sa langue a-t-elle changé ? Quelles sont les langues d’Ulysse à chaque période de son épopée  et comment son âme en est-elle affectée ?

« Traduire est impossible, mais on le fait », disait André Marcowicz.  Aimer aussi.

Ne rien attendre, sous chaque pas, exiger le meilleur.

« De quoi souffres-tu ? » disais-je dans mon rêve à un homme nommé Ulysse allongé sur le sable d’une plage obscure. Puis j’allai vers une lumière qui m’appelait.

Entre la joie profonde du coeur et la terreur du monde,
qu’y-a-t-il donc ?

En mathématiques, il y a des nombres réels et des nombres imaginaires. Il faut compter avec les deux.

Ce matin, je me censure.

J’avais, ces jours, emprunté à la médiathèque Floresca Guépin dans mon quartier à Nantes un film qui m’intéresse pour la documentation de mon roman en cours. C’est Wild River d’Elia Kazan. Et cette phrase arrivée ce matin à mon réveil : « Je me souviens de Wild River et d’un homme fragile »; phrase que je m’apprêtais à publier sur la page d’accueil de mon site Rivière sans retour. Tout cela en écho à mon histoire passée et présente, à maintes strates connues de moi et à ce que nous dit ce beau film.

Et cherchant une référence « Elia Kazan » à mettre en lien pour les visiteurs de mon site, je tombe sur l’actualité Weinstein. Et ma phrase devient alors étrange si on la lit aujourd’hui. Je ne publierai pas cette phrase en page d’accueil, elle pourrait être interprétée très loin de mon intention.

Il y a des étoiles qui brillent et sont déjà mortes. A l’inverse, il y a en nous des astres qui ne manifestent pas leur lumière et savent plus loin que notre sentiment du jour.


D.P. L’île d’Olonne

Quand je crois improviser, je ne fais qu’accomplir un désir caché.

Pour ressusciter, il reste à perdre ses illusions et « tout » quitter, s’engager là où le pays en soi est vivant.

Il y aurait une poésie, un langage qui, au lieu de révéler, s’accroche au déni, comme une peur de dire la folie du monde aperçue dans les yeux de l’autre.

Dans la lenteur de l’écriture, il y a une consolation, une sensation d’éternité, de tâche à continuer sans cesse, une joie retrouvée chaque matin.

La liberté, c’est celle de penser. Et loin des préoccupations qui enfermaient l’esprit dans un ressassement stérile, penser tisse alors des formes où l’écriture advient comme le corps respire enfin.

Ecrire dans la jubilation de s’affranchir un instant de réalisme.

On écrit, il semble qu’une histoire s’invente qui se révèle vraie, une histoire qui n’attendait que les mots en phrases rien qu’à elle.

Cette nostalgie de quelque chose qui n’a pas existé, mais s’avance comme un désir qui a pris racine dans une vie oubliée.

Loin des disputes entre les éditeurs, entre les auteurs, les livres se parlent, se nourrissent les uns les autres, forment un tissu complexe et coloré, construisent des histoires, des épopées qui s’entrecroisent.

C.B.